Décryptage : Les enchères municipales, une affaire ? – 29/01/16

nordeclair

 

Roubaix – Tourcoing. Une commune qui vend son matériel au plus offrant, cela devient banal. Chez nous, sept communes ont franchi le pas de la vente sur internet. Les prix sont alléchants, mais est-ce vraiment rentable pour l’acheteur ? Il existe quelques subtilités.

 La vente traditionnelle, en salle, est plus sécurisée que la vente en ligne, mais attire moins de monde. PHOTO HUBERT VAN MAELE

 

La vente en ligne gagne du terrain dans les communes

VRAI

Alors qu’il n’y avait qu’une poignée de vendeurs au lancement du site, webenchere.com en recense 80 dans le Nord – Pas-de-Calais, 45 dans le Nord. Chacune de ces communes paye un droit d’entrée afin de s’inscrire sur le site et déposer ses enchères. Puis, webenchere.com prend une commission sur les ventes, «  de l’ordre de 8 % de l’enchère  », précise la commune de Roncq, qui utilise le site internet. «  C’est plus simple et moins cher qu’un commissaire-priseur  », estime-t-elle.

 

Ventes en ligne et en salles traditionnelles se font concurrence

FAUX

Les revendeurs ne sont pas les mêmes, la cible des ventes sur internet est donc différente. Sur un site comme webenchere, on retrouve les offres des communes de tailles moyenne. Rarement les grandes agglomérations ou communautés de communes.

Ceci s’explique à la fois par la diminution des ventes aux domaines (les communes pouvant moins fréquemment écouler leur matériel ancien, elle passe par internet), et le coût d’une vente traditionnelle. Celle-ci nécessitant de payer un commissaire-priseur, louer une salle des ventes…

 

Plus de visibilité ne tue pas les bonnes affaires

VRAI

Donner de la visibilité à une annonce, c’est aussi augmenter le nombre d’acheteurs potentiels. Et donc faire grimper le prix des objets vendus. La bonne occasion disparaît-elle avec ces ventes en ligne ? «  Les prix restent assez bas  », assure la société webenchere, qui a signé des abonnements de ventes avec sept communes de notre territoire. «  Plus il y a de visibilité, plus le prix de marché est facilement atteint. Mais ça s’envole rarement. Sauf sur des produits très spécifiques. Là, les prix peuvent s’emballer, ce n’est pas commun…  » Effectivement, la région Nord – Pas-de-Calais vend actuellement seize cartes écolières. L’enchère débutait à 50 €, mercredi, elle s’établissait à 776 €.

Tout est susceptible d’être vendu sur ce site internet : voiture, mobilier, jardinage… Il existe tout de même des limites. «  On ne peut pas vendre de veste de pompier, d’uniforme du SDIS, ni les gyrophares  », poursuit la société. Actuellement, deux communes de notre territoire sont en train de se séparer de leurs biens. Il s’agit d’Halluin et de Roncq. «  En un an, nous avons vendu beaucoup d’ustensiles de cuisine, comme des fours, des chambres froides… cela donne une seconde vie aux objets et il n’y a eu aucune réclamation de la part des acheteurs  », assure la mairie de Roncq.

 

L’acheteur dispose des mêmes protections que lors d’une vente aux enchères physique

FAUX

En un coup d’œil, Pierre Drouin, commissaire-priseur à Lille, repère l’astuce : «  Webenchere ne fait pas de vente aux enchères publiques. C’est un site de courtage en ligne, comme eBay. C’est de la mise en relation, par le biais d’un site internet, d’un vendeur et d’un acheteur.  » La nuance a son importance puisque l’acheteur est beaucoup moins protégé que lors d’une vente avec commissaire-priseur. «  Lors d’une vente classique, il y a une description précise de l’objet, une expertise, une évaluation de la valeur du bien, on fait passer le contrôle technique au véhicule… On doit maîtriser ce que l’on vend. Ici, il n’y a qu’une photo, sans analyse de l’objet mis en vente  », explique le commissaire-priseur.

Ce qui est vendu sur internet l’est en l’état, c’est à l’acheteur de venir constater par lui-même de l’état de l’objet, s’il le souhaite ou le peut. «  Si on veut le bien, la marche à suivre est simple : il faut remporter l’enchère, se rendre au centre des finances publiques de la commune et payer. Là, on vous donne un bon et il faut se rendre au service de la commune qui remettra l’objet  », explique la municipalité de Roncq, qui vend actuellement des biens. En cas de litige, c’est un peu moins balisé : webenchere.com précise que c’est à l’acheteur de «  s’arranger  ».

PAR CHRISTOPHE LE-BAS

 

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